Publié par: François Raymond Date: mercredi 4 juillet 2012
L’histoire débute avec Akio Toyoda, l’arrière-arrière-petit-fils du
fondateur de Toyota. L’actuel p.-d.g. de l’entreprise nipponne, qui aime
les voitures sport (c’est un pilote aguerri), veut redorer l’image de
l’entreprise qu’il dirige. Pour ce faire, il souhaite ajouter une
voiture sport abordable à sa gamme de produits ; une sorte de Celica du
nouveau millénaire.
Mais voilà, la vie d’une voiture sport est souvent éphémère et pas
nécessairement source de grands profits pour son producteur. L’idée de
s’impliquer seul dans ce projet ne lui sourit guère.
Entre en jeu Subaru, un fabricant reconnu pour ses réalisations
soignées et rationnelles, et fervent du moteur à cylindres à plat
opposés (le Boxer). Un partenaire de Toyota aussi puisque, depuis 2005,
cette dernière détient 16,5 % des actifs de l’entreprise. Akio Toyoda
expose son idée à la direction de Subaru, qui y voit une occasion de
faire briller davantage les étoiles de sa Pléiade, celle qui orne le
médaillon bleu sur ses voitures.
Naissent alors trois jumelles. Subaru baptise la sienne BRZ (pour Boxer
engine, Rear-wheel drive, Zenith – le zénith de la conduite). Chez
Toyota, celle que l’on destine à l’Amérique du Nord deviendra la Scion
FR-S (Front-engine, Rear-wheel-drive Sport coupe) et l’autre, pour le
reste du monde, la Toyota GT-86.
Chez Subaru Canada, on raconte que ses créateurs ont assuré l’essentiel
du développement technique de ce trio, alors que Toyota aurait pris en
charge le développement esthétique. Mais chez Toyota Canada, on n’aime
pas vraiment cette version de l’histoire. On préfère une variante où les
deux entreprises auraient oeuvré à parts égales dans ce projet. À vous
de choisir.
L’important dans cette histoire, c’est qu’il est désormais possible
d’acheter un VRAI coupé sport abordable sans excès qui constitue une
réelle source de plaisir pour son conducteur.
Moteur Subaru… avec un brin de Toyota !
Pour l’animer, les deux fabricants ont choisi une variante
atmosphérique du moteur de 2 litres de la Subaru WRX. Il s’agit d’une
version à haute compression (12,5 à 1) utilisant le système d’injection
directe D-4S de Toyota, qui entraîne les roues arrière. Fort de ses 200
chevaux, il permet à ce coupé 2+2 d’accélérer de 0 à 100 km/h en 7
secondes environ. Pour cette voiture, c’est juste assez de puissance.
Ce 4-cylindres est jumelé à une boîte de vitesses manuelle à six
rapports rapprochés, qui offre un maniement d’une précision
chirurgicale. Une boîte automatique à six rapports figure parmi les
options. Dotée de palettes de changement de rapports montées derrière le
volant, elle procure un meilleur rendement énergétique à la BRZ, qui
consomme environ 10 % moins de carburant. Un détail intéressant
lorsqu’on sait que cette sportive se nourrit au super.
Fidèle à l’esprit d’une vraie sportive, le poids de cette voiture a
constitué une contrainte principale. On a réussi à le maintenir sous la
barre des 1300 kg (et à la rendre moins lourde qu’un coupé Civic Si),
par exemple, en éliminant le toit ouvrant du cahier des charges et en
réalisant une carrosserie ayant un coffre plutôt qu’un hayon (avec un
dossier escamotable monopièce qui permet heureusement d’allonger l’aire
de chargement). On l’a aussi dotée d’un capot en aluminium. Vous ne
verrez donc pas de publicité Subaru mettant en vedette un lutteur sumo
se prélassant sur la partie avant d’une BRZ…
La suspension dispose de jambes de force MacPherson à l’avant et de
doubles leviers triangulés à l’arrière. Une conception classique qui
procure un excellent compromis de fermeté et de confort. De plus, le
freinage, qui est assuré par des disques ventilés aux quatre roues, se
révèle facile à moduler. Les roues en alliage léger de 17 pouces, enfin,
sont communes à toutes les jumelles.
Pareille, pas pareille ?
Ce sont des jumelles, rappelez-vous. Leurs carrosseries sont identiques
d’un bout à l’autre, même les phares et les feux arrière. Seuls la
partie avant et le déflecteur qui coiffe le couvercle du coffre
diffèrent de l’une à l’autre.
À bord, c’est surtout par l’apparence des sièges baquets (superbement
moulants) et de l’interface de la chaîne audio à écran tactile qu’on
fait la différence. Car sur route, les vagues nuances de comportement
évoquées par les deux fabricants restent du domaine des experts.
La marque Scion offre un plus grand choix de couleurs et son nuancier
compte des teintes vibrantes que ne peut avoir la BRZ : un rouge et un
orangé. Par contre, Subaru s’est réservé le Bleu rallye nacré, la
couleur officielle des WRX. Logique.
Le choix de la jumelle sera-t-il dicté par la couleur, l’écusson ornant
le capot ou l’attitude du personnel des concessionnaires ?
Ironiquement, c’est fort possible.
Pour plusieurs acheteurs de sportives, c’est souvent le cas. D’ailleurs
pour Subaru Canada, on ne cache pas qu’on ne vendra pas des millions de
BRZ. Sa mission consiste bien davantage à susciter l’intérêt des
consommateurs envers la marque.
Elle servira aussi de solution de rechange à la WRX. Comme nous l’a dit
Ted Lalka, le volubile vice-président Marketing et Planification des
produits de Subaru Canada, « il y a des acheteurs qui veulent autre
chose qu’une WRX, qui préfèrent l’agilité et la finesse d’un joueur de
soccer à la puissance brutale d’un joueur de football ».
Voilà qui nous ramène au concept de base de la voiture, qui n’a pas été
créée pour arracher le bitume, mais plutôt pour offrir un parfait
mélange de puissance et de tenue de route : 100 chevaux au litre pour
une voiture agile capable d’enfiler une cascade de courbes et de
dénivelés sans épuiser le pilote. Une voiture « juste assez puissante ».
Épilogue
Cette sportive docile pourra donc faire des incursions occasionnelles
dans l’univers du sport automobile en gymkhana, en Solo, en Drift ou en
Lapping. Le coffre modulable a été conçu pour cela : pour permettre de
transporter quatre pneus de compétition montés sur leurs jantes, le cric
et le casque de course. Du sport automobile à petite échelle. Car les
gens de Subaru, lors du dévoilement de leur jumelle, en Oregon, ont été
catégoriques en affirmant qu’il « n’existe aucun projet pour faire une
version pour la course ».
Mais qu’a-t-on vu au Festival de la vitesse de Goodwood, qui avait lieu
en Angleterre ces derniers jours ? Un bolide baptisé GRMN Sports FR
Concept présenté par Toyota. Créé spécifiquement pour la piste, son
moteur à « double suralimentation » (le 4-cylindres Boxer de 2 litres
doté d’un turbocompresseur et d’un compresseur volumétrique) développe
plus de 300 chevaux !
Au fond, ce n’était qu’une question de temps avant qu’on voit des
passionnés se mettre à personnaliser ce joujou. Toyota ici a simplement
donné le ton avant que Subaru ne le fasse…
Luc Gagné
3 juillet 2012
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